On l’utilise tous les jours. A tel point que recevoir des courriers dans un autre format parait d’une totale incongruité. Ce qui est le cas, chaque fois qu’on reçoit, par exemple, un courrier en provenance du continent américain. Le format A4 serait-il donc une spécificité européenne, voire même française ?

On est tenté de répondre par l’affirmative et, en étant un peu chauvin, d’en profiter pour pousser un cocorico. Voilà enfin un usage répandu dans le moindre entier dont on peut être fier. Mais, soyons sérieux, quelle est la vraie signification du format A 4.

Autrement dit, quel est son secret. Ou encore, c’est quoi l’origine du format A 4 et quelle part les français ont-ils pris dans sa généralisation ?

 

Origines du format A 4

Comme chacun sait, le format A4 correspond à un feuillet dont la dimension est une hauteur de 29,7 cm et une largeur de 21 cm. Pourquoi pas 30 d’un côté et 20 de l’autre, ça aurait au moins le mérite d’être facile à retenir, non ? Eh bien ce n’est pas  aussi simple que ça. Car, si on s’amuse à calculer le rapport entre le grand côté et le petit côté, c’est-à-dire 29,7 divisé par 21, on obtient 1,414 comme résultat.

Et alors ? 

 

Un rapport entre les côtés d’un feuillet de papier

Et alors, 1,414, c’est ce qu’on obtient aussi comme résultat quand on calcule la racine carrée de 2. En bref, c’est le nombre qui multiplié par lui-même donne 2. Très intéressant, mais en quoi cela est-il vraiment utile ?

Ah oui ! 1,414,  c’est le nombre d’or, pas étonnant que Léonard de Vinci en ait, parait-il, parlé.

Donc, quand on écrit sur un feuillet de papier en format A4, cela veut dire, pour les initiés, qu’on écrit sur un feuillet magique ..

 

Léonard de Vinci
Léonard de Vinci

 

Tout faux. Le nombre d’or, nombre standard ou fétiche, des architectes, n’a rien à voir avec la signification du format A 4. Pour une bonne raison, c’est qu’il équivaut à 1,618 et non à 1,414.

Bon alors, ça sert à a quoi cette racine carrée de 2. Eh bien, si on prend les autres formats de A0 à A6, par exemple, ou même les formats B ou C, et qu’on divise le grand côté par le petit côté, on obtient toujours 1,414. Et ça, c’est effectivement une partie de la solution au mystère du format A4.

 

Un rapport constant quel que soit le nombre des pliages

Car, ici, on touche à la vraie signification du format A4. Et, contrairement à ce qu’on pourrait croire, la feuillet de papier de base n’est pas le feuillet A4, mais la feuille A0. Ses dimensions sont, très précisément, une hauteur de 1189 Mm et une largeur de 841 Mm. Waouh !

Mais, quel rapport avec le feuillet au format A4 ? Le rapport, justement ! Le fameux, 1,414. 

 

Un rapport constant quel que soit le nombre des pliages
Un rapport constant quel que soit le nombre des pliages

 

Une analyse dimensionnelle montre bien que le format A4 est un feuillet correspondant à une fraction de feuille A 0, pliée en 4, dont le rapport entre le grand côté et le petit côté reste constant. Mais, au fait, pourquoi partir de la feuille A0. Eh bien si vous calculez la surface de la feuille A 0, en multipliant sa hauteur par sa largeur, vous obtenez très exactement 1 m2

C’est la deuxième partie du secret du format A4. Le choix d’une surface de 1 m2 pour la feuille A 0 n’est pas le fruit du hasard. Il résulte de la mise en place du système métrique à l’époque de la Révolution. Raison pour laquelle, ce système n’ayant pas été adopté par des pays comme les Etats-Unis, qui en sont restés aux « pouces », et d’autres comme le Japon, le Mexique, le Venezuela, ou encore les Philippines, les courriers qui en proviennent se moquent bien d’avoir un rapport constant avec les autres formats.

 

Une base fiscale avortée

Ajoutons pour la petite histoire qu’outre l’harmonisation des poids et des mesures, l’objectif des réformateurs révolutionnaires était de  pouvoir calculer plus facilement une taxe papier. Dite de Grand registre quand elle s’appliquait au format A2, et de Moyen papier, quand elle s’appliquait au format A3. Inutile de dire que cette idée de nouvelle taxation n’a pas plu aux imprimeurs de l’époque. Elle n’a donc jamais été appliquée, mais les formats sont restés. Comme l’écrit un fin connaisseur de cet aspect historique : 

C’est le mathématicien, physicien et homme politique, Lazare Carnot, qui a proposé, en 1786, l’usage d’un format pratique et d’une dimension qui permettent de calculer,  facilement, la surface de papier utilisée et donc sa taxation. 

 

L’usage du format A4, un usage devenu une norme internationale

Base fiscale, nombre de pliages, racine carrée de 2, ne sont donc pas arrivés par hasard. Quand le format A4 est devenu la norme officielle, cela faisait déjà un moment que les imprimeurs utilisaient le format A4, qui ne s’appelait pas encore A4, dans leur pratique quotidienne.

C’est ce que démontra Georg Christoph Lichtenberg en 1786. Idée reprise, peu après, par Lazare Carnot.

 

LAZARE CARNOT
LAZARE CARNOT

 

Le fait est que le souci des imprimeurs étant d’utiliser au mieux leurs feuilles de papier et d’éviter les gaspillages, ils en étaient venus, naturellement, à adopter un format standard qui s’est trouvé être, au final, le format A4. 

De plus, ce mode de classement s’est révélé éminemment commode pour calculer le poids des feuilles, des feuillets et des ramettes. Une feuille A0 qui pèse 80 grammes est ainsi notée 80 gr/m2. Par suite, un feuillet en format A4 et 80 gr/m2, le plus courant, pèse 5 gr. Soit, compte tenu, des pliages, 16 fois moins. 

De sorte que, par exemple, l’envoi postal au premier tarif peut comporter, en France, 3 feuillets de format A4. Les 5 grammes restant étant réservés au poids de l’enveloppe. Ou encore, une ramette de 500 feuillets A4,  en 80 gr/m2, pèse 2500 gr, soit 2,5 kg. Toujours bon à savoir quand il s’agit de se réapprovisionner.

De sorte que, la Révolution française étant passée, le format A4 s’est progressivement débarrassé de ses antécédents révolutionnaires pour devenir, en 1922, un standard international par la grâce de l’institut allemand de normalisation, le Deutsches Institut fur Normung, autrement dit le DIN, et être enregistré par Walter Porstmann sous le numéro DIN 476.

C’est à ce moment là aussi que l’affiche A4 est devenu populaire.

Ce n’est pas tout. La France, cette fois en retard, a adopté le nouveau standard en 1967, avant on parlait de format 21 x 27, puis l’Organisation Internationale de Normalisation a fait de même en 1975 et lui a donné le nom de ISO 216.

 

En résumé, 

La signification du format A4 est le résultat d’une pratique ancienne d’un épisode révolutionnaire et d’une reconnaissance internationale progressive. Le format A4 n’est pas encore utilisé partout, mais la communication, qu’elle soit print ou numérique, y fait constamment référence. Comme d’ailleurs aux autres formats liés, comme ceux des flyers ou des affiches, suivant les besoins des annonceurs.

Il en est de même pour les outils bureautiques, etc.  ayant recours, entre autres, à l’image numérique, à ses pixels et aux formats de fichier exigés par des logiciels tels que, par exemple, Powerpoint ou Paint.

De sorte que le format  d’impression A4 et l’alphabet des formats, dont il fait partie, ont donc fini par s’imposer comme un des ensembles normatifs incontournables du XXème siècle.

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